1 nov. 2023

Le lien se défait comme le spaghetti se défile de la fourchette, par gravité et manque d’adhérence. Rien ne rompt quand rien n’est soudé. Pas de craquements secs ni de déchirures violentes. Pas de frottements. Pas de cassures. Juste une vague qui s’avale elle-même et naturellement se détend délivrant ainsi au passage les protagonistes dans une forme de naissance singulière.

Se sachant élastiques, on se serait cru à l’abri des chutes . On se serait cru indivisible dans l’impermanence de l’union; tout ça parce qu’un jour, entre deux coups de vent, j’en ai avalé une telle dose que je me suis gonflé à bloc. La poussée d’air fut stupéfiante: elle m’emmena si près de moi que je créai une place inédite pour te laisser croître. Un rapprochement intérieur. Une visite enlevante. Tu t’arrimas de si près que je m’encastrai en ce toi qui s’occupait à sculpter ingénument de nouveaux ancrages à même mon souffle. Chaque pensées recueillies devenaient hybrides. Beaucoup de moi, un peu de toi. Une note continue qui inspirait le commun et l’action. Cette L’action habituellement introuvable se déclara à portée de main. L’étincelle jaillissait de nouveau.

Entre facilité et destin farouche, la puissance des vents resserra l’union. Je crus t’appartenir dans ces deux moitiés entremêlées. L’indigène cédant volontairement sa place à l’étranger. Dans l’esprit et dans le corps se modelait un nouveau monde. Je crus que dans cette enveloppe enrobante pouvait vivre un duo improbable et que sa danse libre permettrait à chacun de se déployer. Malgré les aspirations contraires et les déséquilibres fréquents, nos pas casse-têtes et nos insurrections se résolurent toujours d’un accueil complice; les réserves engrangés précédemment permettant de puiser à petite échelle dans une zone intarissable et de poursuivre le partage.

Puis le soleil toussota. Il t’accueillit dans un périple passe-partout aux accents étrangers. Loin d’expérimenter la dilution de ta présence, je poursuivais seuls les quêtes provoqués par ton passage. Patiemment, l’une après l’autre. Ces vents intérieurs — encore eux — m’imposaient de compléter toutes les idées exprimées, par devoir et intégrité, pendant qu’à l’autre bout du fil, l’impression d’exclusion commençait à poindre. Une saison vive, à la temporalité extensible, qui n’en finit plus de se tendre vers l’intouchable. Ciel noir, troué d’hypothèses rebondies, reflétant l’inquiétude. Sur le radar affolé, ta disparition partielle, puis totale, dont les reflets asynchrones tissaient en filigrane une trajectoire surprenante revenant sans cesse au centre là où ces traces de nos //passage // respirait la confiance. Alors sans plus d’histoires, on contemple les reflets de l’objet quand il se dérobe. On se questionne sur sa réalité. On se repositionne pour mieux voir. On en oublie de ressentir, sous ces menaces d’effacement, la véritable couleur de ce croisement. Avec quel filtre flirte-t-on?

Dans ces nuances brumeuses, les pièges s’ouvrirent. Je m’aplatis et m’emportai à la fois. Une pâte molle modelée par des forces contraires. Comme dans l’enfance, j’oscillais entre espoir et crainte. L’espoir étant ma plus fréquente et douloureuse dégringolade, je me tins à l’extrémité la plus reculée de mon coeur pour y chercher l’issue de secours. La pureté de ton regard me raviva si souvent que je repris forme et revins au centre. L’adulte se releva et voulu t’accompagner de nouveau dans ce périple au quotidien. Il rêva de douces plénitudes. Pour ma part, plus habitué aux aléas des jours sombres, tout en pleurant, je me retins de me projeter ou de te rejeter et je remerciai pour l’importance de cette intégration.

Avec nos bagages, malgré la reconnaissance profonde, on se défile afin de se dissocier. Glissement de destin. Les cordes se délient finement pour ne laisser en main qu’un bout de ficelle et les traces enthousiastes d’une révolution silencieuse. Peut-être n’est pas l’apocalypse annoncée en ce jour où, visiblement, les cordes nouées coulissèrent.

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