je m’attends au coin
de ton sourire
quelques minutes
trop tard
pour rattraper
une vie entière
de mépris
d’ignorance
de silence
renversement rapide
d’une alliance
pleine de promesses
je m’attends à l’aube
à la lumière de nos enfants
au coin du feu
là où serein
tu contes des histoires
et à travers les bois
où ton camouflage s’estompe
légèrement
retour à la maison
champs de mines
de bataille
de bagarres inutiles
l’impatience m’emporte
moutarde trop forte
les pots de verre volent
nos frictions éclatent
les champs de force
nous repoussent
tu t’estompes
tes œillades vides
ton éloignement
un voyage chaque été
entre tes classes
à l’école primaire
tu dédies ton âme
à tes élèves
à la religion
tes passions sont ailleurs
j’attends mon tour
j’attends tes mots
peur panique
estime en berne
réaction volcan
j’attaque
je pique
je reproche
je boxe un clown fuyant
je m’accroche
reste, reviens, approche…
je mords mais je t’aime
laisse-moi te prendre
t’écouter, te comprendre
te toucher
derrière la fresque
de ton enfance
te regarder
permets-moi
de caresser
délicatement
les ecchymoses
des coups gourdins
de ton père
l’enfermement
la peur du noir et des rats
l’envahissement
tes phobies muettes
je m’attends au coin de ta vie
puis plus tôt que tard
ce cancer
poumons à bout de souffle
tu te dégonfles
graduellement
tu te noies
accident prévisible
d’angoisse
poids panique
tu glisses vers la lumière
le fond sombre
chambre sanctuaire
repos des combats
tu t’enfonces
intégralement
dans ton scaphandre
entre nous
le rideau demeure tiré
je suis à tes côtés
au quotidien
ta fille joue du piano
tes fils sont inconscients
pour eux l’école se poursuit
on camoufle la mort qui rôde
l’hôpital t’avale
un traitements à la fois
la tuyauterie s’écroule
l’eau monte
brèche dans le renvoi d’air
nos vies trébuchent
je m’attends tristement
au coin de ton coeur
inquiet ou incapable
tu refuses
jusqu’à la toute fin
le dévoilement sublime
de déclarer ton amour