I love

Je t’aime du bout des doigts
Juste assez loin pour ne pas te toucher
Juste assez près pour te polariser
Arcs électriques
Entre les peaux … ou les pensées
Je me tends mains ouvertes
Élastiques
À m’en déboîter le squelette
À m’en déchirer les tendons
pour combler le vide
pour retenir ce qui fuit
sans y avoir accès

La tête dans l’axe
— girouette aimantée n’écoutant pas le vent —
je suis là, sur le carreau
le cœur à bout bout de bras
stoïque sur mon socle
un épouvantail pétrifié
qui espère voir se poser l’oiseau
sur une de ses épaules
et l’entendre chanter
des bouts de vie,
de sa vie souveraine
comme coule la rivière
un tout petit peu pour lui
un refrain complice, familier
du « oh my god ! » d’une virée entre des draps de coton
au « what the fuck ! » d’un souci de vents ou d’envol

je t’aime du bout des lèvres
de ma faim de loup
je t’aime à grincer des dents
une main sur mon membre
l’autre se retenant de crier
la chair frémissante

je t’aime de mon corps vieillissant
vide de tout
sauf d’envies de mordre
et de sucer ton sexe
et tes seins dressés
quand je tombe sur toi
dans un rêve éveillé

arc-bouté vers l’arrière
le temps d’un dernier sursaut
je jouis en silence
j’enfle et te rejoins
là où le monde se tait
avant de m’effondrer
saisissant de loin
le chant distinct
d’un oiseau moqueur

pantin désarticulé, ramolli
je t’aime désormais en pièces détachées

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