Ignorance

Entre fin du monde
et extase
milles petits riens

je porte un chapeau
et des bottes d’eau
mais j’ignore tout
de la culture
de l’élevage
j’ignore comment tuer la bête
la déplumer, la dépecer, l’évider, la cuire
j’ignore comment chanter
les pommes
les champs jaunis
les cerises de terre,
les vers, les grillons, les grenouilles, les tourterelles,
les salamandres, les renards roux
comment chanter la gloire du vivant
le dos à même le sol
ou haut perché sur une branche
du grand pin blanc
collé à mon stationnement
rue de la Rivière

j’ignore tout
de la direction des vents
de la navigation
de la pêche en rivière
de l’élévation du saut qu’il faudra effectuer pour s’accomplir
de la durée de la chute, la mienne, la tienne, celle du monde civilisé
de la pression du retour à la source
de la force de conviction à s’imposer
pour se déplacer dans la direction préférable
celle qui plaît le plus au moment présent

j’ignore tout
des torrents tumultueux à la croisée des choix
de la peur de se fracasser la tronche sur de hautes montagnes
des courants ascendants qui inspirent
des aspirations téméraires
des élévations temporaires que de plein gré
je cherche à traverser

j’ignore tout
de la friction des idées qui enflamme
de la pollinisation croisée entre les peuples
des interdictions farouches à la reproduction
des frontières ridicules pour lesquelles on se bat
dans lesquelles on se cloître
position défensive
à tenter de mettre en échec
tout autre que soi
aveuglément
et pour lesquelles on meurt
sans jamais s’aventurer
dans la clairière, dans l’éclaircie

j’ignore tout
de la distance à parcourir jusqu’au soleil
de la course des étoiles
du star system
de l’entraînement marathon pour comprendre la marche du monde
des marchés boursiers
des valeurs mobilières
de la mobilisation partisane
de la tendance à s’appuyer sur l’amitié récréation

j’ignore tout
des pas à ne pas franchir
des sables gris
des zones mouvantes
de ma tombe
incontestable demain
de l’ouverture troublante de l’amour en vrac
des arts vivants
de la danse
du comique
des lois, des rites
des rois, des ermites
des épouvantails
et des possibles

de riens en riens
bottes d’eau et chapeau
j’ignore le soleil
j’ignore la pluie
j’ignore tout
mais je vais

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