Pieds nus sur scène
précaire et sublime,
précaire surtout
la lumière me mitraille
me tranche en deux
j’voudrais être un ninja
tapi dans l’ombre
une montagne escarpée
d’l’autre bord d’la lune
un poisson d’fond marin
derrière les fanons
d’une baleine rassasiée
mais j’peux pas fuir
dans mes petits souliers
j’ ratatine en d’dans
pas plus grand
que ma peau d’ado
celle de la révolte
qui voyait rouge noir et blanc
sans contraste aucun
qui tenait encore
à s’plaire partout
à plaire à tous
qui pleurait son acné
son manque d’affect
ses rendez-vous manqués
trop d’couches
à déterrer
pour m’exposer
abattu par l’éclairage
j’frémis le poing levé
unité en combat
incapable d’encaisser
l’évidente clarté
je tente les parades
les rotations cachettes
sur cette zone balisée
le projecteur capte
chaque esquisse
chaque essai
chaque repli
j’recule
face l’implacable faisceau
avant d’atteindre l’opaque rideau
une présence accidentelle
choisit la rencontre
elle calque sa présence
patiemment
jusqu’à offrir un contact
une traduction
du monde
que l’enfant, l’ado et l’adulte
en chicanent entre eux
accepte
sans condition
découverte de l’intime
dans les vapeurs
d’une exécution