Je t’aime entier. Je t’aime sans cadre. Je t’aime fenêtre transparente et courant d’air. Je t’aime bourrasque, nue et violente. Je t’aime carnivore.
Je t’aime bourreau allumé, poupée apeurée, fantôme morcelé. Je t’aime candide, curieuse, qui enquête et s’entête à tout comprendre — le comment du pourquoi, mais surtout le qui que ce soit, en autant qu’il soit autre que moi. Parce que moi, j’y ai vécu allégrement. M’y suis incrusté à t’en retourner le cœur de mes élans minuscules de passionné économe.
Te voir ensuite fuir silencieusement comme une ombre de midi.
Je t’aime sans ton accord. Je t’aime comme un mort dans les souvenirs périssables. Je t’aime dans ces miettes à mes pieds. Dans mes larmes affolées et mes flots emportés. Je t’aime de rage. Fureur et tourments.
Je t’aime aveuglément. Intuitivement. Compulsivement. Radar programmé œuvrant à te chercher au coin de la rivière asséchée ou de l’église désertée. Dieu n’y échappe pas, je le prie de m’octroyer le privilège de te croiser. Parfois je capte un peu de vie dans le nuage nucléaire. Je redécouvre les champs battus d’une guerre muette qui guette et qui fauche à ras le sol jusqu’à l’insecte ridicule. Dans le chant du cygne qui fut mien, qui me brisa les pattes et me siffla l’air, je m’arrachai la tête et me poignardai le cœur. Mon corps désorganisé, perdu, dénaturé, mon corps encore chaud, délaissé, en manque soudain de mordant, mon corps éclaté, mollissant, vacillant se bute aux limites imposantes d’une rupture.
Seule la mémoire m’est permise. Retour aux temps forts, ceux de l’union naissante, de la nature frivole et nue qui nous éleva au rang d’élu. Ceux des inestimables chemins tout en musique parcourus. Une à une visitée, ces images sans chorégraphie apparentes tissent à même la tristesse une veste de flottaison tout juste suffisante pour me garder en apesanteur. Piste perdue dans les effluves d’un rêve que je prétends contrôler. Piste toutefois parsemée d’indices qui m’aident à maintenant m’y retrouver.
Je t’aime de mon cœur de pierre. Une pierre philosophale qui lorsqu’elle nous appartient se transforme en lumière.